dimanche 18 juin 2017

Christos Chryssopoulos : UNE LAMPE ENTRE LES DENTS, Actes Sud, 2013


Christos Chryssopoulos, né en 1968, est un auteur prolifique, mais je ne le découvre que maintenant, avec ce livre qui porte en sous-titre la mention "Chronique athénienne".

Sa démarche est personnelle et particulière. Au fond il se demande comment être écrivain (de fiction) quand la réalité vous cerne de toute part. Cette réalité, c'est celle des rues d'Athènes (pas la touristique) où la crise se voit et se mesure au nombre de sans-abris, de paumés et de décalés qu'on y croise. Il arpente les rues de son quartier, il prend des photos, il s'arrête parfois à la gare routière, où il retrouve, plusieurs jours de suite, A. avec qui il entretient une conversation où la curiosité et la gêne se mêlent à l'empathie. Rentré chez lui, il transcrit les dialogues comme il s'en souvient.

"- Tu dors où, d'habitude ?
- Dans la rue. Sur des cartons... Dans le parc... J'ai dormi aussi sur des bancs et j'ai mangé à la soupe populaire. Durant des mois je n'ai même pas pu me laver. Personne n'embauche un type de cinquante ans. Encore moins quand il pue à cause de la crasse. Ensuite, j'ai fait le ramassage des cartons pour le recyclage. J'ai un certificat médical comme quoi j'ai une maladie chronique." (...)
- C'est bien, qu'on parle.
- Comment ça ? ai-je demandé, surpris.
- Oui. Ca fait du bien de parler à quelqu'un."

Mais au-delà du factuel,  il développe toute une réflexion sur la ville  (sa ville) , le fait de marcher dans ses rues et l'acte d'écrire. 

"Car si étrange que cela paraisse, les villes ne sont pas responsables du récit qui est fait d'elles. La création d'un objet collectif et anonyme qui s'appelle ville est l'affaire des citoyens.
Plus exactement, ce sont les flâneurs qui écrivent le texte de la ville. Ce sont eux qu'il faut interroger sur les mots qui expriment l'Athènes d'aujourd'hui. Ils évoluent toujours en prise avec le sol. Sur la base, à la racine de la ville. Et l'ironie est que ces gens  écrivent le "texte de la ville" sans même pouvoir le lire. Ils écrivent en un sens, sans en avoir conscience, puisqu'ils composent un texte collectif. Une sorte de cadavre exquis".

Plus qu'une chronique, plus qu'un livre, ce que je tiens entre les mains me fait penser à une performance alliant l'écriture et la photographie dans un but non pas artistique mais de témoignage.

Un livre écrit en 2011, au tout début de la crise grecque, mais la situation ne s'est pas améliorée et le chiffonnier qui fouille une benne à ordures avec une lampe entre les dents n'a pas disparu.

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